Par ici, la monnaie

Est-ce mal de louer une partie de son corps pour le transformer par des tatouages en panneau publicitaire ? De servir de cobaye humain, contre 7 500 dollars, à une firme pharmaceutique qui désire tester l’innocuité d’un nouveau médicament ? Est-ce légitime d’acheter la police d’assurance-vie d’une personne âgée ou malade, d’acquitter les primes annuelles tant qu’elle est en vie et toucher le pactole à sa mort ? Est-ce un «droit» que de pouvoir, au Kenya, tirer sur un rhinocéros noir – espèce en voie d’extinction – parce qu’on débourse 150 000 dollars pour le faire ? (…) arriver le premier en cabine dans un avion low-cost (6 euros), louer l’utérus d’une femme indienne pour 6 000 dollars ou stationner contre paiement sur des places réservées aux handicapés, (…) Pour encourager à la lecture, certaines écoles du Texas donnent 2 dollars à chaque élève qui lit un livre jusqu’à la dernière page. Certaines crèches israéliennes ont mis à l’amende les parents qui venaient en retard chercher leurs enfants et obligeaient les puéricultrices à des heures supplémentaires; dès que la mesure a été prise, le nombre de retardataires a considérablement augmenté : l’amende a été acceptée comme prix d’un service, bien moins élevé que celui de la mauvaise conscience. Mais tout peut-il vraiment s’acheter ? A lire ici le compte-rendu de Libération en novembre dernier du livre de MICHAEL J. SANDEL Ce que l’argent ne saurait acheter publié aux Etats-unis en 2010.

Intéressant en ce qu’il prône une réduction des inégalités dans des termes qui feront pour vous échos à certains cours… «La démocratie, écrit Sandel, ne requiert pas une égalité parfaite, mais elle nécessite que les citoyens vivent ensemble. Ce qui compte le plus, c’est que des individus appartenant à des milieux distincts et n’occupant pas les mêmes positions sociales interagissent et se côtoient quotidiennement parce que c’est ainsi que nous apprenons à négocier et accepter nos différences tout en parvenant à nous soucier du bien commun.» Mais s’il n’existe plus aucun bien moral et civique qui soit susceptible d’échapper au marché, quel bien pourrait être commun à ceux qui, ayant l’argent, peuvent tout acheter, et ceux qui, ne l’ayant pas, sont contraints de vendre leur âme ? »

Ou la sagesse des Baruyas qui n’utilisaient pas la monnaie de sel entre eux, mais seulement avec les autres tribus !

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